Aidons les aidants !

La Maison de répit a pour objet d’accueillir sur des besoins de répit programmés, mais aussi en urgence, les enfants et adultes de moins de 60 ans fragilisés par la maladie grave, évolutive et/ou menaçant la vie ou par le handicap, s’ils le souhaitent, les proches aidants. L’entourage familial et les proches jouent un rôle indispensable auprès des personnes âgées dépendantes et des personnes en situation de handicap. Les aidants ont aujourd’hui un rôle majeur dans le système de santé, accru dans le contexte du « virage ambulatoire », de par le soutien à domicile qu’ils apportent. 

Marylène Millet, au nom du groupe UDI et apparentés, se réjouit d’apporter son soutien à cette délibération. En effet, ce projet incarne ce que la Métropole peut avoir de meilleur, à savoir se servir de ses compétences pour soutenir un projet innovant et indispensable. 

Intervention de Marylène Millet

Monsieur le Président, chers collègues, 

Le groupe UDI et apparentés se réjouit d’apporter son soutien à cette délibération. En effet, ce projet incarne ce que la Métropole peut avoir de meilleur, à savoir se servir de ses compétences pour soutenir un projet innovant et indispensable. Ce projet incarne « le droit au répit », entré en vigueur au 1er janvier 2016, suite à la loi sur l’Adaptation de la société au vieillissement. Ce droit dispense une aide financière d’un montant d’environ 500 euros par an pour pouvoir placer le proche dépendant dans une structure d’hébergement temporaire pendant quelques jours ou faire appel à davantage d’aide à domicile, le temps que l’aidant puisse souffler.

L’ouverture de cette Maison du répit depuis le 1er octobre 2018 permet d’offrir aux aidants un moment de répit « comme à la maison »  tout en bénéficiant d’un niveau de soins élevé. D’ailleurs les premiers mois laissent apparaître que le service proposé remplit ses objectifs puisque les personnes en ayant bénéficié ont d’ors et déjà réservé un second séjour. 

La Maison du répit va au-delà du simple séjour en offrant également aux aidants la possibilité de faire le point, via son équipe mobile, sur les besoins de l’écosystème mis en place autour de l’aidé.

Ce lieu comble un manque cruel, celui des silencieux qui aident jusqu’à l’épuisement de leurs forces. Certains faits divers tragiques ont mis en lumière cette fatigue, cet épuisement moral et physique des aidants. Sans aide les aidants craquent !

Une enquête conduite lors de la création des groupes de travail « Métropole aidante », l’enquête « Handicap Santé – volet Aidants informels », menée par l’INSEE et la DRESS en 2008 , « permet d’estimer à environ 165 000 le nombre d’aidants au sein de la métropole de Lyon, dont 135 000 aidants de personnes âgées ou en situation de handicap. Environ 35 000 aidants métropolitains consacreraient plus de 50h/semaine à leur(s) proche(s) aidé(s). »

Même si nous savons que c’est du fait des financeurs que la Maison du Répit de Tassin ne puisse accueillir des aidés de plus de 60 ans, nous le regrettons. En effet le besoin est immense pour ces personnes souvent en situation de fragilité elles-mêmes et qui doivent prendre soin d’un conjoint vieillissant. L’aidant décède ainsi souvent avant l’aidé épuisé par la tâche, par l’isolement que crée. 


En cette année d’élections européennes, il est intéressant de voir ce qui est fait en Europe en matière d’aide aux aidants. En effet, dans toute l’Europe les aidants familiaux jouent un rôle capital dans la prise en charge des personnes âgées dépendantes, notamment au niveau économique. Une politique d’aide aux aidants est essentielle. Actuellement elle est bien loin d’être uniforme d’un pays à l’autre, comme l’a souligné l’étude du programme de recherche européen Interlinks, réalisée par l’Irdes dans le cadre de la prévention de la dépendance.

Permettez-moi de citer quelques résultats de l’étude : 

  • « Une disparité entre l’engagement de l’Etat, beaucoup plus engagé auprès des aidants dans les pays du Nord que dans les pays du Sud, où l’aide aux personnes dépendantes est considérée comme étant de nature privée. 
  • La Suède est le pays européen qui s’est engagé le plus tôt dans l’aide aux aidants. Dès les années 60/70, un financement a été alloué aux personnes âgées dépendantes par le biais de l’impôt, leur permettant ainsi d’accéder plus facilement à l’aide professionnelle. En Allemagne, une assurance dépendance permet d’aider les aidants depuis que les femmes sont davantage investies dans la vie professionnelle. Aux Pays-Bas, l’aide permet aux personnes âgées dépendantes de rémunérer l’aidant de leur choix et leur facilite l’accès aux services professionnel
  • Toutes ces mesures ont tardé à se développer dans les pays du Sud. En Italie, l’aide aux personnes âgées dépendantes était peu organisée avant les années 2000, et, en dépit d’une petite allocation accordée aux malades, l’aide a longtemps reposé sur les familles, particulièrement sur les femmes, en raison du fort taux de cohabitation intergénérationnelle, du faible niveau d’emploi féminin et de la quasi absence de services professionnels publics. La France a également attendu pour mettre en place une aide aux aidants. »

Or la conciliation entre travail et aide est primordial. Des avancées ont eu lieu en France notamment par la mise en place chez les salariés du congé de proche aidant depuis le 1er janvier 2017. Il permet à un aidant de demander un congé sans solde pour s’occuper d’un proche en perte d’autonomie ou en situation de handicap pendant trois mois maximum de façon fractionnée ou sous la forme d’un temps partiel.  Existe aussi le congé de solidarité familiale lorsqu’un de ses proches est en fin de vie ou avec un pronostic vital en jeu.

Ces avancées sont intéressantes mais les besoins restent énormes notamment au vu du vieillissement de la population, que ce soit en France ou en Europe. 

Cette année en France viendra en débat la future loi « Grand âge et autonomie » et il me semble important pour conclure de reprendre le souhait de Florence Leduc, Présidente de l’association française des aidants,  d’une convergence des dispositifs d’aide aux personnes âgées et aux personnes handicapées. 

Je cite Mme Leduc pour conclure qui déclarait en octobre dernier dans le magazine Notre Temps : « Il s’agit d’apporter une aide aux actes essentiels de la vie, aux activités domestiques, sociales et relationnelles, en l’adaptant à chacun, en fonction de critères tels que la maladie ou le niveau d’autonomie. Mais il n’est pas tenable qu’une personne victime d’un accident vasculaire cérébral à 59 ans bénéficie, par exemple, d’un financement pour aménager son véhicule et pouvoir continuer à sortir de chez elle, tandis que si l’AVC survient à 60 ans et 1 jour, tant pis pour elle, elle n’aura droit qu’à l’APA! On ne prive pas quelqu’un d’une prestation qui pourrait améliorer sa qualité de vie du fait de son âge! ».

Notre Métropole par son soutien au projet de la Maison du répit, par son engagement dans le projet « Métropole aidante » a toute vocation à peser par son exemplarité auprès des financeurs et de l’État pour davantage de souplesse et d’harmonisation.

Je vous remercie.

Marylène Millet


Conseil du 28 janvier 2019

Dossier n°2018-3278 : Attribution d’une subvention d’équipement à la Fondation pour l’Université de Lyon (FPUL) pour le projet de Maison de répit de la Fondation France Répit

Intervention de Marylène Millet