Reconstruire les conditions de bien-être en centre-ville

« Nous avons le devoir d’accompagner les commerçants dans les coups durs. Mais le rôle de collectivités ne doit pas s’arrêter-là. Ces subventions doivent être prises pour ce qu’elles sont : des bouffées d’oxygène pour tous les commerces qui ont souffert et une aide à des actions d’animation, mais une aide ponctuelle. »

Intervention de Denis Broliquier

Monsieur le Président, chers collègues,

Tout d’abord, nous notons qu’à l’époque où la collaboration entre Ville et Métropole était possible, elle portait ses fruits, en l’occurrence pour l‘obtention d’une aide de l’État de 150 000 € pour le territoire lyonnais que la Ville et la Métropole complètent respectivement à hauteur de 30 000 et 70 000 €.

C’est incontestablement une aide nécessaire aux commerçants de notre centre-ville, durement touchés par les gilets jaunes. Nous savons que les associations en ont déjà fait ou en feront bon usage et nous les remercions pour leur engagement et l’énergie qu’elles mettent à faire renaître une dynamique dans tous les quartiers de la presqu’île. Et nous voterons bien sûr en faveur de ces subventions. Mais ça ne suffit pas.

Oui, nous avons le devoir d’accompagner les commerçants dans les coups durs. Mais le rôle de collectivités ne doit pas s’arrêter-là. Ces subventions doivent être prises pour ce qu’elles sont : des bouffées d’oxygène pour tous les commerces qui ont souffert et une aide à des actions d’animation, mais une aide ponctuelle.

Les gilets jaunes cités dans cette délibération ont bien évidemment fragilisé nos commerces. Mais ce serait une analyse bien simpliste de leur attribuer pleinement la baisse d’attractivité notoire de notre centre-ville. 

En tant que collectivité, nous avons le devoir de porter une vision à long terme pour notre ville-centre comme pour les centres-villes des autres communes de la Métropole. Une vision qui va bien au-delà de sa seule dimension économique. 

Aujourd’hui, le centre-ville de Lyon est de moins en moins attractif, pour les riverains comme pour les visiteurs. Cela fait plus d’un an que je tire la sonnette d’alarme, à la Ville comme à la Métropole, sur ce sujet. Les chantiers, trop nombreux et interminables, les multiples manifestations de tous ordres, l’insécurité, la saleté, l’augmentation du nombre de SDF, et surtout la politique de stationnement de la Ville de Lyon ont largement contribué à cette perte d’attractivité. Tout cela sur fond d’un inéluctable développement du e-commerce. Devons-nous nous résigner à subir tout cela ? Certainement pas ! 

Oui les grandes enseignes ont capacité à résister à ces turpitudes, mais bien moins les petites enseignes et encore moins les indépendants. Or, qu’est-ce qui fait la richesse de notre offre commerciale à Lyon, c’est justement sa diversité et sa qualité, notamment grâce aux indépendants. Qu’est-ce qui fait le charme de notre centre-ville, c’est qu’il soit habité ! Que ce ne soit pas seulement un centre commercial à ciel ouvert comme dans tant d’autres villes. Ce sont ces équilibres qui sont en jeu aujourd’hui et que nous devons préserver.

Pour que petits et grands commerces vivent de leur travail, pour que les Lyonnais restent en centre-ville, le rôle de la collectivité est de garantirles conditions d’une expérience de bien-être en centre-ville. Nous devons créer les conditions d’une ville heureuse où il fait bon habiter et venir !  

Les commerçants ne demandent pas l’aumône, ils ne veulent pas vivre sous perfusion publique. Ils veulent que nous créions les conditions de l’exercice de leur métier, pour qu’ils vivent de leur travail. 

Cela passe par une vision globale de l’organisation de nos centres-villes, depuis les aménagements jusqu’à la politique de transports en commun et celle du stationnement, de la propreté et de la sécurité et peut-être même du foncier. Le centre-ville est avant tout un lieu de vie. Rendre les centres-villes plus accessibles, plus praticables, plus agréables et surtout plus durables, voilà le rôle des collectivités pour faciliter l’accueil des visiteurs et du commerce. Oui, il faut parler piétonisation, oui, il faut parler végétalisation. Mais ce ne sont pas des fins en soi. Ils sont une partie de l’aménagement global et du fonctionnement de notre centre-ville pour les 50 années à venir.

Quels que soient les élus, à la Ville comme à Métropole, c’est un travail de fond qui doit être engagé dès le début du prochain mandat, dans la co-construction avec les élus d’arrondissement, les commerçants, les associations et collectifs d’intérêt local, et les riverains. Ils sont les mieux placés pour en comprendre tous les enjeux en terme économiques, de qualité de l’air, de gestion des flux, de tranquillité, de sécurité, propreté… 

Une co-construction un peu à l’image de la démarche de concertation sur la piétonisation, mais sur une vraie échelle espace et temps, réellement représentative de toutes les réalités de la vie en presqu’île. C’est un travail de longue haleine, où chacun doit prendre ses responsabilités. Je crois que les Lyonnais et les commerçants y sont prêts. 

Je vous remercie, 

Denis Broliquier


Conseil du lundi 4 novembre 2019

Dossier n°2019-3860 – développement économique, numérique, insertion et emploi – Plan d’actions en faveur de la redynamisation commerciale de la Presqu’île de Lyon suite aux impacts du mouvement des Gilets jaunes – Attribution de subventions aux associations My Presqu’île, Mouvement Carré Nord Presqu’île et Village des Créateurs 

Intervention de Denis Broliquier